samedi 30 janvier 2010

Piroskagate-Billet diffusé sur Aligre FM le 28 octobre 2008


Aujourd'hui j'ai décidé d'évoquer un phénomène-au sens clinique du terme. Que dis-je un phénomène c'est presque un sigle: DSK.

Ah Dominique Strauss-Kahn le candidat fantasmé des socialistes pour les Présidentielles de 2012, le chantre de la social-démocratie, l'aile droite de la gauche, économiste brillant, premier de la classe, un parcours exemplaire, la consécration avec le FMI.

Et puis... patatras. La tâche de sperme sur le costard de DSK. L'auréole de trop. Une aventure torride avec une jeune hongroise blonde: Piroska Nagy, révélée au grand jour par le wall Street Journal. Ben oui on a les scoops qu'on peut! Le washington Post avait sorti les écoutes téléphoniques de Nixon et le wall Street Journal les coups de quéquette de DSK!

Au fond tout le monde s'en fout en France où nos moeurs gauloises tolèrent depuis toujours la sexualité débridée des puissants. A l'heure du Sarkozysme c'est même à la mode d'afficher la libido de nos chers politiques. Non ce qui frappe en réalité c'est surtout la dimension Phoenix de Dominique Strauss-Kahn.

DSK a su à chaque fois renaître de ses cendres. Souvenez vous, alors qu'il est ministre des finances de Jospin un premier scandale éclate. DSK est mis en cause dans des affaires remontant à 1993-95: la MNEF et la Générale des eaux. Le pauvre Dominique est contraint à la démission. Eclaboussé par le soupçon il en rajoute une couche. Son erreur fatale: prétendre qu'il a eu la fameuse cassette de Jean Claude Méry entre les mains mais qu'il la perdu! S'ensuit une longue période de galère judiciaire dont il finira par sortir innocenté...

En 2007, lors des primaires socialistes, beaucoup le voient bien futur Président de la République. Notre queutard caviar a la carrure, la nonchalance d'un Chirac, le style direct de Sarko. Pourtant le candidat préféré des banquiers et des cadres est devancé par Ségolène Royal. Blam! Nouveau revers pour Dominique!

Alors comme il en a marre de se prendre des volées de bois vert en France il fait comme Florent Pagny il prend le large. Point de Patagonie pour ce Neuilléen de gauche (charmant oxymore au passage) mais un exil doré offert par Sarkozy. Direction les States. Il y coulait des jours heureux au FMI quand son priapisme l'a ratrappé. Sarko avait pourtant bien averti notre Casanova: "Pas d'impairs Dom, les américains rigolent pas avec le harcèlement sexuel. Et dieu sait que tu en connais un rayon là dessus mon p'tit père!"

Peine perdue hélas: la testostérone dégoûlinante de DSK a fini par l'emporter. Quel couronnement pour sa carrière d'obsédé! DSK a enfin a eu son Monicagate ou plutôt Piroskagate. Mais là encore Strauss-Kahn s'en tire indemne, presque blanchi. A peine un avertissement pour la forme. Qui sait? Increvable comme il est peut être sera t'il éligible en 2012?

vendredi 29 janvier 2010

La nuit nous appartient: dans le sillage de Little Odessa




Un film de James Gray, sorti en 2007 avec Joaquin Phoenix, Mark whalberg, Eva Mendès, Robert Duvall.



















Au milieu de la médiocrité ambiante, « we own the night » de James Gray apporte une bouffée d'air frais. Un paradoxe car l'atmosphère y est souvent viciée. Certes, rien de révolutionnaire en terme narratif: un film noir à l'ancienne aux images bien léchées.

L'histoire: Bobby (Joaquin Phoenix déjà présent dans « The Yards ») est gérant d'une boîte de nuit, plate-forme du trafic de drogue à New York. Crapuleux, corrompu, il est dans la droite lignée des héros cyniques des films criminels. Lorsque son frère officier de police, Joseph (Mark whalberg) est grièvement blessé par un trafiquant, Bobby va devoir choisir son camp entre le monde des gangsters et celui de la loi....

Malgré ce thème rebattu du dilemme, grâce au traitement du réalisateur James Gray ce film reste captivant de bout en bout. A l'instar de « Little Odessa » (1994) le film de Gray s'immerge au coeur de la communauté russe de NYC, des racines profondes qui sont bien évidemment les siennes.

Là encore, on perçoit les difficultés de cette population à s'intégrer dans le fameux rêve américain. Garder son identité... sans se renier comme Bobby le fait. Pour ne pas freiner son ascension, Bobby qui gère une boîte branchée a américanisé son nom, caché ses liens avec sa famille juive russe. Il sort avec une « bomba latina » (Eva Mendès), joue au poker, « baise », se drogue, bref vit au jour le jour, avec tous les excès des « wasps », la classe sociale dominante. Sauf que la vie (et les scénaristes) vont obliger ce personnage plutôt veule à assumer ses origines russes et même à les revendiquer.

Les drames, vendettas, scènes de déchirements, de violences se succèdent à un rythme haletant. Non sans évoquer un Scorsese au meilleur de sa forme. Celui de « Casino » ou des « Goodfellas ». Le catholicisme fervent des italiens de Little Italy laissant place au judaïsme orthodoxe des russes. Une communauté dans laquelle le mysticisme, la dureté des rapports, l'austérité est très forte. C'est en tout cas ce qui transpire de l'oeuvre de Gray.

Une oeuvre aux couleurs grisâtres, aigres, contribuant à installer une atmosphère poisseuse, laissant dans la bouche du spectateur un goût d'amertume. Au bout du compte, dans « we own the night » tous les protagonistes nagent dans les mêmes eaux boueuses. Et chacun est mouillé. Seul le père de Bobby (Robert Duvall excellent et trop rare) conserve une forme d'intégrité morale qui confine au fanatisme.

Un bon diptyque donc avec « Little Odessa » même si dans « La nuit nous appartient », l'action prime un peu trop sur l'étude de caractères. On peut regretter surtout que le dénouement verse dans le happy end convenu et sage, avec la famille réunie sous la bannière et l'étoile de la police américaine...