mardi 30 novembre 2010

Un bateau pour Gaza












Thomas Sommer-Houdeville, 34 ans, militant au Nouveau parti anticapitaliste, fait partie de la campagne internationale pour le peuple palestinien. Il est l'un des quelques français de la flottille de la liberté, détournée par l'armée israélienne à la fin du mois de mai 2010. Et Thomas compte bien remettre ça prochainement... Récit

« Toute l'idée de la flottille a commencé il y a plusieurs mois, à l'initiative de camarades grecs et de l'organisation: « Free Gaza movement ». De mon côté, j'ai décidé de rejoindre ces gens- là en route afin de mobiliser le réseau français et international. C'est comme ça que je suis arrivé à Athènes....

Pour Thomas Sommer et ses camarades, la constitution de cette flottille a été une tâche particulièrement lourde. Plus d'un an de travail a été nécessaire pour affréter un cargo, plus les efforts de coordination entre les participants turcs, suédois, irlandais. Les organisateurs ont du s'entendre pour partir au même moment de ports et de pays différents. Sans compter-dixit Thomas Sommer les pressions exercées par l'état hébreu pour empêcher ce départ:

« Des tentatives d'intimidation ont été faites sur la Grèce, l'Irlande et Chypre. On est partis quand même, mais avec moins de bateaux que prévus. Les bateaux irlandais et américains ont été retardés à cause de problèmes techniques assez bizarre. Certains comme le journal « Le canard enchaîné ont même évoqué des sabotages. Et puis des parlementaires chypriotes ont été carrément bloqués par leur gouvernement. »

De son côté Thomas Sommer a embarqué à bord d'un cargo grec: le Sofia. A bord l'ambiance est: « plutôt bonne parce que nous ne sommes qu'à deux jours de navigation de Gaza, avec la résolution de briser enfin ce blocus. Les Israéliens ayant annoncé qu'on ne passerait pas nous espérions, en longeant les eaux internationales, arriver en pleine journée dans la zone d'exclusion de 25 miles, pour pouvoir être en capacité de négocier avec leur marine. On pensait éventuellement contourner par l'Egypte, et ensuite actionner des leviers diplomatiques de pression avec les gouvernements français, grecs et turcs. Mais on n'avait certainement pas envisagé cette agression dans les eaux internationales, à 4 heures du matin, ni l'incroyable violence dont les soldats israéliens ont fait preuve. »

Le jeune militant a été frappé par la brusquerie de cette attaque: « Pendant une heure au moins on voit des phares au loin. On se doute que c'est la marine israélienne. Et puis tout à coup on est cernés par des navires de guerre, des zodiacs remplis de commandos, des hélicoptères de combat qui nous survolent. Et très vite on se rend compte que l'assaut se focalise sur le gros bateau turc, avec cinq cent passagers à bord.

Cela se passe à 1 kilomètre environ. De là où nous sommes on distingue bien la scène parce que c'est la pleine lune et qu'il y a des lumières fortes qui convergent vers le « Turc ». Et puis on entend des bruits, des explosions, sans réaliser qu'à cet instant « ils » sont en train de tirer sur la foule ou que leur raid est aussi sauvage. »

Une demie heure plus tard « se souvient Thomas « le Turc est dévié de sa route ainsi que le reste de la flottille. Le « Sofia se retrouve isolé et entouré par les forces israéliennes. « A 5 heures du matin nous sommes à notre tour pris en chasse par des zodiacs. Un navire de combat menace de de nous couler en tirant à blanc. Malgré tout, nous décidons de tenir notre cap, direction Port Saïd en Egypte. Mais nous sommes sur un vieux cargo qui roule à 8 miles à l'heure. Très vite on est rejoints et envahis. Spontanément les passagers ont fait une chaîne autour de la cabine du capitaine. Les soldats israéliens donnent un coup de Taser aux quatre premiers qu'ils trouvent, tapent sur eux, sortent les flingues, menacent de faire feu et prennent le commandement du bateau. Tout le monde est rassemblé dans un coin, fouillé, ma carte d'identité est confisquée. Plusieurs d'entre nous sont molestés, notamment un copain suédois, qui a renoncé à sa nationalité israélienne. Comme il a fait son service là-bas il y est connu et donc les militaires israéliens le cognent juste pour le plaisir. Le cargo change de cap et part pour Ashdod en Israël. Un voyage qui dure au moins dix heures: on est à plus de 80 miles des côtes israéliennes. »

Ashdod est un port, transformé en une zone militaire fermée aux civils. L'accueil réservé à Thomas et ses compagnons est digne d'un mauvais feuilleton d'espionnage: « A l'arrivée nous sommes contrôlés par peut être 500 à 1000 membres de la police, de l'administration, des services secrets. On nous transfère d'un service à un autre. On nous met à poil, fouille de pied en tête. Tous nos bagages sont saisis. Les flics nous demandent de signer un papier attestant que nous sommes rentrés illégalement sur le territoire israélien. La majorité d'entre eux nous refuse puisque ce sont eux qui nous ont kidnappés! Ensuite notre groupe est envoyé dans la région de Beer Sheva, à deux heures environ d'Ashdod, direction la plus grosse prison d'Israël, qui a été fraîchement érigée. »

Dans le même temps le scandale international est en train d'éclater. Sous les pressions diplomatiques, les différentes représentations sont autorisées à visiter les prisonniers. « Après la nuit de taule, raconte Thomas, le consul adjoint français monsieur Chalançon est venu prendre les coordonnées de nos familles. Mais ensuite on a été de nouveau déplacés, cette fois à l'aéroport de Tel-Aviv, pour la procédure d'expulsion lancée contre les 500 personnes de la flottille. Cela dure toute une journée et c'est assez dur parce qu'apparemment les flics israéliens ont envie de se venger des répercussions internationales de l'attaque. En gros, dès que tu mouftes tu te prends une avoine. »

Thomas Sommer apprend alors qu'on veut l'expédier en Turquie. Mais il ignore à ce moment- là que la Turquie s'est engagée à récupérer les ressortissants et à les faire rapatrier ensuite.

« Tout ce que je vois, assène-t-il c'est que les flics sont incapables de retrouver mes papiers et que je vais me faire expulser sans aucune pièce d'identité. Je commence à râler. Le ton monte : « Ok monsieur vous ne voulez pas partir? On vous met sur le côté! » Je suis obligé de poireauter pendant trois heures avec d'autres qui sont dans le même cas et puis finalement on nous renvoie dans un camp de rétention : celui où se trouvent les copains grecs. Le gouvernement grec a été clair avec l'Etat hébreu: « Vous ne touchez pas à nos nationaux et on va les rapatrier avec un avion militaire. Pour autant moi et deux autres copains français, nous ne sommes pas fixés notre sort...

Je vois que les copains grecs, avant de prendre leur avion, sont tous transférés vers notre centre, où un bus va les chercher avec l'ambassadeur. Je discute avec les camarades, leur explique notre situation.

Coup de chance: l'ambassadeur rentre dans le centre pour s'occuper des ressortissants grecs. J’en profite pour monter avec les copains grecs et parler à l'ambassadeur. Évidemment, les officiels israéliens sont fous furieux: « Mais lui n’est pas grec, il est français ! » L'ambassadeur rétorque que je suis un citoyen européen et qu'il peut me voir aussi. Il me rassure en me disant qu'il va nous faire monter dans l'avion à condition d'avoir un accord, un laisser-passer de l'ambassade française. Il ajoute que l'avion militaire ne part que dans une heure et que ça ne devrait pas poser de problèmes. Puis il demande à un officiel israélien de me laisser appeler Chalançon. Celui-ci me dit qu'il nous cherche à l'aéroport de Tel-Aviv. Je lui raconte l'histoire et il demande où nous sommes pour nous rejoindre.

S’ensuit un dialogue avec l'officiel israélien au téléphone qui lui dit en anglais devant nous: « Monsieur vous ne mettrez pas les pieds ici. » Et il raccroche….

On regagne nos cellules. Et là ça dure plus de deux heures pendant lesquelles on voit les grecs monter à bord du bus les uns après les autres. Sauf nous. Pendant ce temps on voit, à la fenêtre, l'ambassadeur grec qui téléphone. Ça dure! Il fait les cent pas entre le centre de détention, le bus sur le parking.

A un moment donné il vient me voir gêné et me dit « J'attends le laisser-passer de votre ambassade et je l'ai toujours pas. Je ne comprends pas pourquoi ils ne l'ont pas envoyé. En tout cas je n'ai pas d'autorisation de votre gouvernement pour vous prendre. Je ne sais pas si je vais pouvoir vous embarquer. Une demi-heure après on le voit discuter assez fort avec les copains grecs. Il revient et propose de se contenter d'un accord oral que l'ambassade à Athènes nous prenne en charge. J'ai juste besoin de leur feu vert. En attendant je vous fais monter dans le bus. »

Il faut croire -conclut Thomas qu'il a eu l'agrément d'Athènes puisqu'on a pu prendre l'avion et qu'un responsable du service politique de l'ambassade nous attendait à l'aéroport d'Athènes…

Au terme de cette épreuve Thomas Sommer envisage la suite de l'opération « Un bateau pour Gaza. » Quand on lui demande s'il n'en a pas eu assez après cette épreuve il réplique: "C'est sûr que je ne l'ai pas fait pour l'hospitalité des services israéliens. Mais il y a une situation d'injustice qu'il faut combattre, qui est condamnée par l'ONU, la communauté internationale. Pourtant, personne ne fait rien. Si nous on ne se bouge pas il ne se passera rien, une fois de plus!

C'est un peu comme en Afrique du Sud. Si les peuples du monde n'avaient pas exercé de pressions fortes, notamment par le boycott sur l'Afrique du Sud, à mon avis, il n'y aurait rien eu. Moralité: on a raison de continuer jusqu'à ce qu'Israël applique le droit international, respecte les conventions de Genève et lève le blocus.

Et comme on a des gouvernements incapables et hypocrites on va refaire une flottille. Cette fois-ci encore plus grosse! Et j'espère que d'ici quelques mois ce sera plus qu'une flottille mais carrément une armada avec des bateaux italiens, anglais, suédois, français, grecs, turcs, de toute la Méditerranée, pour aller briser le siège.

La pression internationale a permis d'alléger le blocus. Cela veut juste dire qu'Israël tient encore le blocus mais qu'ils font passer un peu plus de choses qu'avant. Il faut qu'il soit levé complètement, que Gaza se reconstruise, avec du béton, du matériel de construction Israël refuse de laisser passer le matériel et c'est scandaleux. Les Gazaouïs vivent dans des ruines. Donc il faut qu'on recommence !

Certes le gouvernement israélien est dur mais a t-il envie que Israël passe pour un état voyou et paria aux yeux du monde? C'est la question que doivent se poser les dirigeants. Ils ont les moyens de couler cinquante bateaux s'ils le veulent mais sont- ils aussi inconscients et sanguinaires que ça? Je pense qu'on rentrera à Gaza cette fois-ci! »

jeudi 26 août 2010

Haven't you heard from Patrice?







She is a diva of funk, an extraordinary jazz pianist, she has been the dancefloor queen in the eighties with hits such as « Forget me nots », Never gonna give you up » or Feels so real » , she inspires hip hop dj's who have sampled huge parts of her music. Patrice Rushen, you have guessed her name is still very active on stage or backstage. She has accepted to give us some fresh news...


The scene is adorable, even a bit funny. On skype, a young french man has a chat with a legend of american soul funk. Between them, nice hours of jetlag that split the Paris hour from the Pacific time. In Los Angeles, the sun starts to show the top of his nose meanwhile in Paris it goes down with the beginning of the evening. With a funny face on the webcam Patrice Rushen asks « Hey is this gonna be on tv 'cause I don't look so good. I'm on pyjama! » On the contrary, I find her cute with her pyjama and nearly expect her to sing « You remind me » for me. As it does not happen the interview begins...

-Patrice it has been a while that we don't hear from you in France. What have you been up to?

PR: I do a lot of things. I continue to make many concerts with different jazz, pop or r'nb artists. Also, I have been musical director for many tv shows in United States. Among them, the Grammy Awards last year. I've been working for them three times those last four years. I teach for the Berklee College of music in Boston and as well for the University of South California on their new program on popular music. All the knowledge that I have acquired, being a rn'b vocalist, plus a jazz pianist, plus the writing and the orchestration of many kinds of music, I wanted to share that with young musicians. And at the moment I am on a summer tour. Last year I have worked a lot with guitar player Lee Ritenour and I'd like to make some dates with him. I am also touring on a new project called « Patrice Rushen and friends » with very good friends and musicians: « Ready » Freddie Washington on bass, Leon « Ndugu » Chancler or Will Kennedy on drums, Paul Jackson Jr on guitar, Gerald Allbright, Everett Harp or Kirk Whalum on saxophone. I know them very well and I wanted to put them together, according to their avaibilities because they are very busy people. I have also a duo project called « One plus one », with me playing several instruments and « Ndugu » Chancler. And I will be interested by a jazz trio with other women such as : Esperanza Spaulding on bass and Terri Lyne Carrington on drums. I have always things on because I love to play! Besides I am a wife and a mother. So I'm busy... all the time!


-People have focussed a lot on your voice during your big r'nb decade but forger sometimes that you are an amazing pianist. What is your link with piano?

PR: Piano is my first real instrument. It's very confortable and it's a good friend of mine. I have learned a lot from it because it's my first « entrée » in the composition and the execution of music. It's very special to me.

-Can I call you « Black Mozart »?

PR: Haha! Very funny! It's true that I have started to play at very young age and I have started by playing and enjoying classical music. By the way, I have forgotten to mention that I write symphonic music too.

-In 1974, you make your first record, very jazz like, called Prelusion, for Prestige records. You were very young, isn't it?

That's right. I was not even seventeen. I have been signed up by the record compagny because they have discover me while I was playing at the Monterey jazz festival. My combo has participated to it as it was the award of an high school contest which does not exist anymore. As they have noticed me, the people from Prestige wanted me. First, I have refused to sign. I have told them that I was too busy, that I wanted to join the College. But to go to the university I need money so I have finally agreed. Fantasy records has put me on Prestige, which was his jazz label. And I have made three records with them. Prelusion you've said it was very straight ahead jazz, featuring Joe Henderson, the second one « Before the dawn » was a bit more funky, contemporary jazz, and the third one called « Shout it out » was very very funky. I think it has been re-issued recently in the UK.

-Then, how have you made the transition between straight ahead jazz and heavy funk?

PR: You know, I grew up listening and enjoying many kinds of music. At home my folks were listening a lot of jazz and r'nb. My roots are very into those two styles and I never thought that it was not possible to put them together. I was thinking that it was a good combination. It seemed very natural to me. I have realized the kind of music that I had in the corner of my head and I loved. As simple as that.

-After this, you have left Prestige for Elektra. Tell us about it.

PR: Elektra was looking for artists because the label wanted to develop in his catalogue some jazz fusion but also an other style that they have called « urban » for a while. « Smooth jazz » came much later. The urban format involved a bit of jazz but also the possibility of a funky beat. I wanted to be commercialy and artistically acceptable when I have signed up with them.

-In 1978 you have produced with them: « Patrice », which was a big step for you. Groovy, r'nb like and moreover with the use of your voice...

PR: In « Shout it out » I sing on a track: «Let your heart be free ». And the people from Elektra told that it was a good direction to follow. They asked me to make songs like this one. A bit jazzy, a bit funky but moreover with vocals, in order to promote myself and get into a bigger market than the one of jazz. That's why there are a lot of vocals in the record, but still I was creating the music. I was playing the keyboards parts, the arrangements for the strings, horns, the rhythm section...

-At that time some jazz purists were disappointed about your new direction. How did you feel about it?

PR: I've always felt comfortable with my projects. And I don't worry too much about the critics because they are not always able to understand the artist's development and that evolution was part of my development. It doesn't me that I have abandonned jazz or my desire of playing jazz piano, not by any means, but I had a mission to do with my record company. It was my job and I'm glad it happened that way. It brought me to success in that direction and it was a good preview of my future work...

-It's true that this evolution opened up your audience.

PR: For sure. More people came over. Those who wanted to dance of my music and sometimes who have never heard « Shout it out », simply because they could not play it on the radio. This Elektra material has been made for a wide radio play. And at that time radio was essential to inform the club of what was going on. So the people were reacting to my music. Some loved the beats, some my musical harmonies, others enjoyed the songs, others again were fans of my voice. So many people came to this music on different sides of it.

-Then with « Pizzaz », « Posh », « Straight from the heart » you have made a succession of hit tunes. How have you lived that golden age of r'nb?

During that time they left the artists create and bring their own sounds. They left us try new things. And musically I could use all my background, from classical music from jazz, mixed together.
That was a period, just before disco. Earth wind and fire was one of my favourite group. So having big arrangements with strings, was apart of what we experienced. There were so many influences to support the music and lead it to the top. It was just great...


To be continued...

lundi 7 juin 2010

Polish blues






















14 avril 2010: votre serviteur entre à Cracovie.

Vie, Krakow en manque singulièrement quand je débarque dans la cité des rois de Pologne.

Quelques jours avant, l'avion du président Kaczynski s'est crashé à Smolensk en Russie, entraînant dans la mort 96 passagers. Du coup le pays fait grise mine. Moins me semble t'il pour la personnalité plutôt navrante du président (un peu charismatique leader conservateur) que par un élan de solidarité nationale.

Dans un restaurant attenant à la forteresse de Wawel, en centre-ville, les mines sont renfrognées. Au dehors; petite pluie chagrine et à l'intérieur: mobilier rustique et éclairage inexistant (est-ce une tradition polonaise de manger dans le noir ou une manière d'observer le deuil national-je ne le saurai jamais-la serveuse ne comprenant pas un traître mot d'anglais)

C'est dans ce climat mortifère que je savoure le seul élément chaleureux de la pièce: un placki, sorte de pancake de pomme de terre.

Le ventre plein et bien lesté par une soupe de bortch je me sens revigoré, prêt à affronter l'hostilité d'une armée de polonais en mode "pas content" et imbibés de vodka Zoladkowa Gorzka.

Sur la place Ryneck Glowny, la grande place médiévale de Cracovie, la plus grande d'Europe (dixit Wikitravel) il n'y a pas foule. Même le ciel fait la gueule! Seul élément de fantaisie alentour: un piano à queue-aussi factice que le sourire d'une présentatrice du JT- dédié au "funkiest man in town": Frédéric Chopin.








Non loin de là, à l'entrée de la basilique Mariacka, une photo du défunt Kaczynski bien en évidence (photo de haut de page) et une nuée de bougies marquées du sceau du christianisme le plus dévôt.

Comme ce genre d'ambiance me met particulièrement mal à l'aise je prend bravement la poudre d'escampette!

Mais même dans les transports en commun cette triste actualité me rattrape de plein fouet. Dans le tram, un écran de télévision fait défiler les photos des disparus de Smolensk. M'apprêtant-ô sacrilège- à prendre une photo je me heurte à l'hostilité d'une femme d'un certain âge. La mégère m'interpelle dans une logorée verbale dont je ne retiens que deux mots: "Piotr" et Touristi". Qui est Piotr? Le défunt mari de la dame, mort dans la catastrophe? Le fils caché de Jaruzelski? N'ayant pas d'interprète sous la main je laisse cette nouvelle question en suspens...

Le lendemain c'est dans une église plutôt banale de la ville qu'un autre incident diplomatique se produit. Cette fois-ci c'est l'attitude nonchalante de mon cousin (les mains dans les poches) qui nous vaut le courroux d'une fidèle avec un voile, digne des femmes de l'Est dessinées dans le Sceptre d'Ottokar. Bon décidément ils sont fous dans ce pays par Bélénos!

Des mamies comme celle de l'église on en croise partout dans les rues de Krakow: en général elles tiennent un petit kiosque bleu rempli d'étranges pains au sésame et au pavot noir. N'étant pas un corbeau je renonce à donner une poignée de zlotys pour me remonter le moral avec ce bien curieux pain local...



























Krakow dégouline d'histoire avec un grand H par toutes ses pores ou plutôt ses lézardes. Entre remparts du Moyen Age, caves à jazz façon oubliettes et édifices religieux. Mais le plus marquant au moment où j'arrive céans ce sont les nombreux panneaux d'exposition consacrés à la tragédie de Katyn. Une histoire peu connue en France mais qui de ce côté de la Vistule reste difficile à digérer...

Justement, quand Lech Kaczynski a trouvé la mort c'était pour aller célébrer cette tragédie. Le drame de Katyn a d'ailleurs été plutôt bien mis en récit par le cinéaste Andrzej Wajda dans son film éponyme:

En 1940, Staline est tout puissant et ses opposants tombent comme les feuilles mortes en automne. Mais pour étendre son empire soviétique à l'Est il lui faut se débarasser de dissidents polonais (officiers, personnalités, étudiants) susceptibles de contrarier ses projets. Des milliers d'entre eux soigneusement choisis seront massacrés dans la forêt de Katyn (à la frontière biélorusse)


samedi 30 janvier 2010

Piroskagate-Billet diffusé sur Aligre FM le 28 octobre 2008


Aujourd'hui j'ai décidé d'évoquer un phénomène-au sens clinique du terme. Que dis-je un phénomène c'est presque un sigle: DSK.

Ah Dominique Strauss-Kahn le candidat fantasmé des socialistes pour les Présidentielles de 2012, le chantre de la social-démocratie, l'aile droite de la gauche, économiste brillant, premier de la classe, un parcours exemplaire, la consécration avec le FMI.

Et puis... patatras. La tâche de sperme sur le costard de DSK. L'auréole de trop. Une aventure torride avec une jeune hongroise blonde: Piroska Nagy, révélée au grand jour par le wall Street Journal. Ben oui on a les scoops qu'on peut! Le washington Post avait sorti les écoutes téléphoniques de Nixon et le wall Street Journal les coups de quéquette de DSK!

Au fond tout le monde s'en fout en France où nos moeurs gauloises tolèrent depuis toujours la sexualité débridée des puissants. A l'heure du Sarkozysme c'est même à la mode d'afficher la libido de nos chers politiques. Non ce qui frappe en réalité c'est surtout la dimension Phoenix de Dominique Strauss-Kahn.

DSK a su à chaque fois renaître de ses cendres. Souvenez vous, alors qu'il est ministre des finances de Jospin un premier scandale éclate. DSK est mis en cause dans des affaires remontant à 1993-95: la MNEF et la Générale des eaux. Le pauvre Dominique est contraint à la démission. Eclaboussé par le soupçon il en rajoute une couche. Son erreur fatale: prétendre qu'il a eu la fameuse cassette de Jean Claude Méry entre les mains mais qu'il la perdu! S'ensuit une longue période de galère judiciaire dont il finira par sortir innocenté...

En 2007, lors des primaires socialistes, beaucoup le voient bien futur Président de la République. Notre queutard caviar a la carrure, la nonchalance d'un Chirac, le style direct de Sarko. Pourtant le candidat préféré des banquiers et des cadres est devancé par Ségolène Royal. Blam! Nouveau revers pour Dominique!

Alors comme il en a marre de se prendre des volées de bois vert en France il fait comme Florent Pagny il prend le large. Point de Patagonie pour ce Neuilléen de gauche (charmant oxymore au passage) mais un exil doré offert par Sarkozy. Direction les States. Il y coulait des jours heureux au FMI quand son priapisme l'a ratrappé. Sarko avait pourtant bien averti notre Casanova: "Pas d'impairs Dom, les américains rigolent pas avec le harcèlement sexuel. Et dieu sait que tu en connais un rayon là dessus mon p'tit père!"

Peine perdue hélas: la testostérone dégoûlinante de DSK a fini par l'emporter. Quel couronnement pour sa carrière d'obsédé! DSK a enfin a eu son Monicagate ou plutôt Piroskagate. Mais là encore Strauss-Kahn s'en tire indemne, presque blanchi. A peine un avertissement pour la forme. Qui sait? Increvable comme il est peut être sera t'il éligible en 2012?

vendredi 29 janvier 2010

La nuit nous appartient: dans le sillage de Little Odessa




Un film de James Gray, sorti en 2007 avec Joaquin Phoenix, Mark whalberg, Eva Mendès, Robert Duvall.



















Au milieu de la médiocrité ambiante, « we own the night » de James Gray apporte une bouffée d'air frais. Un paradoxe car l'atmosphère y est souvent viciée. Certes, rien de révolutionnaire en terme narratif: un film noir à l'ancienne aux images bien léchées.

L'histoire: Bobby (Joaquin Phoenix déjà présent dans « The Yards ») est gérant d'une boîte de nuit, plate-forme du trafic de drogue à New York. Crapuleux, corrompu, il est dans la droite lignée des héros cyniques des films criminels. Lorsque son frère officier de police, Joseph (Mark whalberg) est grièvement blessé par un trafiquant, Bobby va devoir choisir son camp entre le monde des gangsters et celui de la loi....

Malgré ce thème rebattu du dilemme, grâce au traitement du réalisateur James Gray ce film reste captivant de bout en bout. A l'instar de « Little Odessa » (1994) le film de Gray s'immerge au coeur de la communauté russe de NYC, des racines profondes qui sont bien évidemment les siennes.

Là encore, on perçoit les difficultés de cette population à s'intégrer dans le fameux rêve américain. Garder son identité... sans se renier comme Bobby le fait. Pour ne pas freiner son ascension, Bobby qui gère une boîte branchée a américanisé son nom, caché ses liens avec sa famille juive russe. Il sort avec une « bomba latina » (Eva Mendès), joue au poker, « baise », se drogue, bref vit au jour le jour, avec tous les excès des « wasps », la classe sociale dominante. Sauf que la vie (et les scénaristes) vont obliger ce personnage plutôt veule à assumer ses origines russes et même à les revendiquer.

Les drames, vendettas, scènes de déchirements, de violences se succèdent à un rythme haletant. Non sans évoquer un Scorsese au meilleur de sa forme. Celui de « Casino » ou des « Goodfellas ». Le catholicisme fervent des italiens de Little Italy laissant place au judaïsme orthodoxe des russes. Une communauté dans laquelle le mysticisme, la dureté des rapports, l'austérité est très forte. C'est en tout cas ce qui transpire de l'oeuvre de Gray.

Une oeuvre aux couleurs grisâtres, aigres, contribuant à installer une atmosphère poisseuse, laissant dans la bouche du spectateur un goût d'amertume. Au bout du compte, dans « we own the night » tous les protagonistes nagent dans les mêmes eaux boueuses. Et chacun est mouillé. Seul le père de Bobby (Robert Duvall excellent et trop rare) conserve une forme d'intégrité morale qui confine au fanatisme.

Un bon diptyque donc avec « Little Odessa » même si dans « La nuit nous appartient », l'action prime un peu trop sur l'étude de caractères. On peut regretter surtout que le dénouement verse dans le happy end convenu et sage, avec la famille réunie sous la bannière et l'étoile de la police américaine...