
14 avril 2010: votre serviteur entre à Cracovie.
Vie, Krakow en manque singulièrement quand je débarque dans la cité des rois de Pologne.
Quelques jours avant, l'avion du président Kaczynski s'est crashé à Smolensk en Russie, entraînant dans la mort 96 passagers. Du coup le pays fait grise mine. Moins me semble t'il pour la personnalité plutôt navrante du président (un peu charismatique leader conservateur) que par un élan de solidarité nationale.
Dans un restaurant attenant à la forteresse de Wawel, en centre-ville, les mines sont renfrognées. Au dehors; petite pluie chagrine et à l'intérieur: mobilier rustique et éclairage inexistant (est-ce une tradition polonaise de manger dans le noir ou une manière d'observer le deuil national-je ne le saurai jamais-la serveuse ne comprenant pas un traître mot d'anglais)
C'est dans ce climat mortifère que je savoure le seul élément chaleureux de la pièce: un placki, sorte de pancake de pomme de terre.
Le ventre plein et bien lesté par une soupe de bortch je me sens revigoré, prêt à affronter l'hostilité d'une armée de polonais en mode "pas content" et imbibés de vodka Zoladkowa Gorzka.
Sur la place Ryneck Glowny, la grande place médiévale de Cracovie, la plus grande d'Europe (dixit Wikitravel) il n'y a pas foule. Même le ciel fait la gueule! Seul élément de fantaisie alentour: un piano à queue-aussi factice que le sourire d'une présentatrice du JT- dédié au "funkiest man in town": Frédéric Chopin.

Non loin de là, à l'entrée de la basilique Mariacka, une photo du défunt Kaczynski bien en évidence (photo de haut de page) et une nuée de bougies marquées du sceau du christianisme le plus dévôt.
Comme ce genre d'ambiance me met particulièrement mal à l'aise je prend bravement la poudre d'escampette!
Mais même dans les transports en commun cette triste actualité me rattrape de plein fouet. Dans le tram, un écran de télévision fait défiler les photos des disparus de Smolensk. M'apprêtant-ô sacrilège- à prendre une photo je me heurte à l'hostilité d'une femme d'un certain âge. La mégère m'interpelle dans une logorée verbale dont je ne retiens que deux mots: "Piotr" et Touristi". Qui est Piotr? Le défunt mari de la dame, mort dans la catastrophe? Le fils caché de Jaruzelski? N'ayant pas d'interprète sous la main je laisse cette nouvelle question en suspens...
Le lendemain c'est dans une église plutôt banale de la ville qu'un autre incident diplomatique se produit. Cette fois-ci c'est l'attitude nonchalante de mon cousin (les mains dans les poches) qui nous vaut le courroux d'une fidèle avec un voile, digne des femmes de l'Est dessinées dans le Sceptre d'Ottokar. Bon décidément ils sont fous dans ce pays par Bélénos!
Des mamies comme celle de l'église on en croise partout dans les rues de Krakow: en général elles tiennent un petit kiosque bleu rempli d'étranges pains au sésame et au pavot noir. N'étant pas un corbeau je renonce à donner une poignée de zlotys pour me remonter le moral avec ce bien curieux pain local...

Krakow dégouline d'histoire avec un grand H par toutes ses pores ou plutôt ses lézardes. Entre remparts du Moyen Age, caves à jazz façon oubliettes et édifices religieux. Mais le plus marquant au moment où j'arrive céans ce sont les nombreux panneaux d'exposition consacrés à la tragédie de Katyn. Une histoire peu connue en France mais qui de ce côté de la Vistule reste difficile à digérer...
Justement, quand Lech Kaczynski a trouvé la mort c'était pour aller célébrer cette tragédie. Le drame de Katyn a d'ailleurs été plutôt bien mis en récit par le cinéaste Andrzej Wajda dans son film éponyme:
En 1940, Staline est tout puissant et ses opposants tombent comme les feuilles mortes en automne. Mais pour étendre son empire soviétique à l'Est il lui faut se débarasser de dissidents polonais (officiers, personnalités, étudiants) susceptibles de contrarier ses projets. Des milliers d'entre eux soigneusement choisis seront massacrés dans la forêt de Katyn (à la frontière biélorusse)
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