samedi 21 novembre 2009

Dtonantes vierges


Au bord du Canal Saint Martin, la galerie Absoluty ne peut manquer d' intriguer le passant, qui aperçoit du dehors une kyrielle de toiles féminines et colorées.
Le thème: “Les vierges noires” et le sous titre: “Afro Iconographic art” piquent la curiosité.

A l'origine de ces étranges icônes: DTone, un parisien aux longues dreadlocks, avec un sourire serein où affleure une légère pointe de malice. L'iconographie, l'image et sa signification fascinent DTone depuis tout petit.

Dessinateur de BD dès l'enfance, ex-étudiant en narration figurative, assistant de production sur le dessin animé “Kirikou et la sorcière” de Michel Ocelot... tout ramène le monde de Jean-Marie Compper alias DTone vers l'image.

Pourquoi ce pseudonyme de DTone? Peut être parce que son univers détonne précisément! Pluriforme, à inspirations multiples, au creuset de cultures très diverses. Quelque part entre le Pop Art de Ray Liechtenstein, l'art éthiopien, Tex Avery, les comics, les vitraux du Moyen Age. (L'exposition sur les vierges reprend dans les lignes la technique du vitrail)

Mais DTone, c'est aussi en anglais Tone, la tonalité et la musique est l' autre versant artistique du peintre DTone. (Il a été toaster au sein du groupe de rap La Relève, dont l'album "Retour aux sources" a été enregistré notamment à Philadelphie avec The Roots)

On sent chez l'artiste DTone une insatiable curiosité. C'est d'ailleurs de ce besoin d'apprendre et de transmettre via la toile qu'a débutée l'exposition sur les vierges noires.

« Quand j'ai entendu parler de ces vierges, on ne pouvait jamais m'expliquer à quoi ça correspondait. »
Quelques recherches plus tard on apprend que les vierges noires étaient des symboles de fertilité, figurines antérieurs au christianisme. “Contrairement aux idées reçues s'amuse D Tone, de la Vierge Marie de type caucasien, les gaulois, ceux que l'Eglise a qualifié de païens, avaient des représentations de vierges noires. Il y en a eu en Egypte, comme la déesse Isis, en Ethiopie, en Europe, en Orient....”

Ainsi les préjugés culturels servent de matériau à l'art de DTone. Si depuis Barack Obama “Black is beautiful” la couleur noire de la vierge de la Cathédrale de Chartres dérangeait déjà les chrétiens occidentaux “ On a donné des explications farfelues à cette "couleur foncée" de la vierge, comme quoi elle était due aux stigmates du temps!”
Ces codes inscrits dans l'inconscient collectif, DTone les détourne allégrement: “ ça m'amuse d'imaginer un Dieu à contre-courant asexué et asiatique par exemple.”

Au fur et à mesure de l'exposition divisée en trois parties, le profane se fait son idée sur ses portraits de femmes et comment les appréhender. "Je ne cherche pas à imposer ma vision" insiste DTone. Chacun y voit ce qu'il désire." Ainsi le spectateur accroche sur certains visages. L'une des vierges évoque à l'un Michael Jackson, l'autre aurait un faux air de Barack Obama.

Une chose est certaine, à la fin du voyage DTone a réussi son pari: Interpeller et déranger un peu notre grille de lecture du monde...

mercredi 18 novembre 2009

Sa mission afghane







Ludovic Dolignon, agent technique de la Force Logistique terrestre a passé plus de six mois en Afghanistan. Une mission où il était en charge du carburant pour un camp entier. Retour sur son quotidien dans la région de Kaboul, à flanc de montagne...



Ludovic Dolignon, adjudant au Service Interarmées des Licences, la quarantaine entamée, marié, un enfant. S’est engagé dans l’armée en 1986. Il a le crâne luisant à la « Barthez » , possède son franc parler, va droit au but.

On sent qu’il est habitué à diriger une équipe de terrain. Modeste, il a au compteur un bon nombre de missions à l’extérieur : en Centrafrique, Somalie, Albanie, le Kosovo à deux reprises, le Tadjikistan...

Son dernier challenge en date : l’Afghanistan fin septembre 2006. Là bas, il a assuré le ravitaillement en essence du camp de Woodhouse. Une fonction « technique » indispensable, à mille lieues du cliché du soldat baroudeur, crapahutant dans les montagnes afghanes. Mais pas une mission où pour autant on peut se reposer sur ses lauriers. Loin s’en faut. Les contraintes sont constantes à Kaboul, un secteur « potentiellement dangereux ». Et l’essence est un enjeu militaire majeur. « On le bichonne » souligne l’adjudant Dolignon.

Avant d'expliquer en quoi consiste son job:

Concrètement, le camion civil appartenant à une multinationale Ecolog achemine le carburant sur un parking. On le réceptionne, le fait rentrer dans une aire sécurisée. Son contenu est vérifié. L’essence est analysée. Ensuite on le fait rentrer dans le camp. La dernière étape est le transfert du camion civil au camion militaire.


Au quotidien, les risques sont omniprésents: «Les véhicules sont constamment équipés de brouilleurs, les hommes de gilets pare-balles. Ce n’est pas tous les jours qu’ un camp reçoit des tirs de rocket mais il faut être très vigilant. »

Régulièrement l’adjudant entend des explosions. "Parfois des incidents se produisaient" se souvient Ludovic « Un avion a fait tomber par erreur des leurres thermiques dans le camp. Une fois, des tirs de rockets sont tombés juste en face du camp au niveau du terrain d’entraînement de l’armée nationale afghane. »

Les conditions météorologiques n’aident pas. Kaboul se situe à 1800 mètres d’altitude dans une zone encaissée de montagnes. « Il faut se rendre compte que de décembre à février ça pèle jusqu’à -35 degrés »

Pour éviter que l’essence se transforme en paraffine à cause du froid, l’adjudant Dolignon et son équipe procède à une « Winterisation ». C'est-à-dire l’injection d’une grande quantité de carburéacteur dans le gasoil, afin de descendre son point de congélation.

Un simple détail, une simple négligence humaine peut prendre de proportions considérables. « Avec les grands froids les détachements cynophiles ne devaient pas renifler les véhicules sous peine d’exposer leur odorat. » L’organisme est sollicité. Rhumes, bronchites et pneumonies sont monnaie courante. Mais Ludovic Dolignon est coriace. « Si j’avais un début de bronchite, j’allais voir les marabouts et en avant! »

Dans des conditions difficiles l’adjudant Dolignon se dit avant tout « concentré sur ce qu’il fait » Une bonne façon d’évacuer la tension.
« L’aspect relationnel est très important.  Si les soldats sont tendus c’est comme pour une équipe de foot ça a un impact sur l’ensemble du groupe. »

Les convois circulent de nuit où les risques d’incidents sont moins forts. Mais Ludovic Dolignon relativise : « En plein jour il nous est arrivé de faire des sorties à Kaboul. C’est comme les Champs-Elysées à l’heure de pointe. Tout peut arriver et on est impuissants face aux risques. »

Au camp, Ludovic retrouve les mêmes équipiers qu’il a connu dans d’autres missions, cohabite avec les soldats allemands, britanniques, croates de ce camp international. Il fraternise avec Ali un chauffeur afghan. «  Quelqu’un de très fier comme son peuple. Il a fait partie d’un bataillon commandé par Massoud, a lutté contre les russes. Ce sont des gens qui ont subit pas mal. J’ai senti la pauvreté aussi en passant aux abords de la banlieue de Kaboul. On apercevait des camps très sommaires de tente avec des bâches... »

Parfois l’émotion affleure dans le quotidien des soldats. Quand Ludovic Dolignon a quitté l’Afghanistan, son camarade afghan Ali s’est mis à pleurer. Ludovic Dolignon est rentré depuis février 2008. Dans son bureau trône une photo avec son camarade Ali et ses collègues de mission. « C’est encore tout frais dans ma mémoire. J’aimerai y retourner. »

Sur les traces d'Hitchcock



Rétrospective:
Obsession ( 1976) de Brian de Palma, avec Geneviève Bujold, Cliff Robertson, John Lightgow



Ce film, très peu diffusé, correspond à la première partie de la carrière de Brian de Palma.

Brian est issu de la  génération "seventies", de ces réalisateurs qui ont fait leurs premières armes grâce au petit écran.(cf: Spielberg et Duel)

Etudiants en cinéma et cinéphiles avertis, ces potes sont tous devenus par la suite les nouveaux maîtres d'Hollywood. Ils s'appellent... Scorsese, Coppola, Spielberg et Lucas, et font leurs premiers courts métrages avec des bouts de ficelles et beaucoup d'inventivité, au département cinéma de UCLA.

C'est à peu près à la même époque qu'un jeune homme, inconnu au bataillon, s'inscrit dans la section cinéma de UCLA. Son nom est... Jimi Morrison.

Les premiers films de De Palma sont la marque de cette culture cinéphile. Mis à part ces films fantastiques: Phantom of Paradise, Carrie et le bal du diable, toutes ces premières oeuvres sont des références au modèle ultime de Brian: Alfred Hitchcock.

Les clins d'oeil et les emprunts scénaristiques sont évidents et pleinement assumés entre Soeurs de sang (1973), inspiré de Psychose; Blow out ( 1981) qui renvoie à Fenêtre sur cour, Body double (1984) qui évoque immanquablement Sueurs froides...

Obsession n'échappe pas à la règle et s'inspire énormément de Sueurs froides.

L'histoire en est relativement proche:

Un riche homme d'affaires de la Nouvelle Orléans, Michael Courtland ( Cliff Robertson) assiste, impuissant à l'enlèvement de sa femme et de sa fille ( jouées simultanément par Geneviève Bujold).

La police lui conseille de tromper les ravisseurs en leur remettant une rançon dans une malette remplie de faux billets et... dotée d'un émetteur. Cernés par les policiers, les kidnappeurs s'enfuient avec leurs otages, mais quelques mètres plus loin leur voiture explose...

Inconsolable, Courtland fait ériger un mausolée dans l'immense terrain qu'il possède avec son associé Bob LaSalle ( John Lightgow).

Quelques années plus tard, Bob lui propose un voyage en Italie pour lui changer les idées. A Florence, dans l'Eglise où il a rencontré  jadis sa défunte femme, il aperçoit une jeune peintre qui lui ressemble de façon troublante...



Pour connaître la suite de ce bel exercice de style, je vous invite à vous en procurer le DVD. Le film risque d'en déconcerter certains. Ceux qui connaissent le De Palma de Snake eyes ou de Mission impossible, risquent d'être très surpris. Une ambiance étrange, morbide transcende  cette oeuvre où plane l'ombre de Bernard Herrmann, le compositeur fétiche d'Hitchcock, également auteur pour De Palma du névrotique score de  Soeurs de sang.

C'est du Herrmann qui fout les jetons. Littéralement. Sa partition sonne comme un opéra déchirant et mystique. Les cordes sont stridentes, les choeurs sonnent presque comme des chant grégoriens. La musique confère à l'ensemble une dimension atemporelle. On fait un bon dans le temps entre 1959, année de l'enlèvement, et 1976, mais fondamentalement le personnage de Courtland est hors du temps. Il ne vit que pour poursuivre le fantôme de sa femme et n'a plus aucune prise avec la réalité.

D'ailleurs à la fin, les différences de perceptions entre passé et présent deviennent floues. Puisque les mêmes situations se télescopent. Michael Courtland retombe dans les mêmes pièges que jadis. Il s'enlise dans l'odieuse machination, rongé par le poids de la culpabilité. Hanté par ce leitmotiv: ne pas réussir à avoir sauvé sa femme. Jusqu'à la folie, jusqu'au point de non retour...   Ce film instaure un climat profondément dérangeant, même pour le spectateur de 2009. 

Au passage, il aborde des tabous déjà esquissés chez Hitchcock, de façon plus soft- censure oblige-: la nécrophilie voire même l'inceste.

On ne ressort pas indemne de ce film rare qui a servi de tremplin pour l'actrice canadienne Geneviève Bujold. Son double rôle est criant d'authenticité et de schizophrénie. Il suffit de la voir à genoux sur les quais de la Nouvelle-Orléans, martyr expiatoire dont l'enfance a été volée, prendre soudain une voix de petite fille en s'écriant: "Mummy"...

Je suis une légende... mais pas culte!




Un film réalisé par Francis Lawrence en 2007, avec will Smith et Alice Braga


L'histoire:

Une pandémie qui ravage la Terre, une ville déserte, des survivants, contaminés par un virus, mués inexorablement en vampires. Seul être humain épargné, le docteur Robert Neville (Will Smith) survit dans un New York chaotique et désespérément vide.

"Je suis une légende" part d’une intrigue vue et revue dans les films de science-fiction des années 70. Pour autant, le roman de départ signé par Richard Matheson (L’homme qui rétrécit, La Maison des damnés) apportait une vision originale, dérangeante en décrivant un univers futur névrosé, sclérosé.

Mais le cinéaste peine cruellement à insuffler de la vie à son adaptation. Quelle ironie pour un film ayant pour thème la survivance de l’espèce humaine ! Tâcheron, bon faiseur d’images, Francis Lawrence se contente d’effleurer paresseusement le sujet porté par Matheson. Là où le roman de Matheson est poignant, incisif, à fleur de peau, le film de Lawrence affiche un encéphalogramme plat. Et ce malgré un bon début et une réjouissante scène de chasse à la biche en plein New York !

Résultat : une énième production tremplin pour Will Smith, où tout est prétexte à faire saillir ses muscles. On le sent plus à l’aise pour jouer les pitres dans "Men in black" ! Que le spectateur se rassure : s’il est inhabituellement sobre, il parvient tout de même à placer un numéro comique avec son chien dans la plus pure tradition familiale américaine !

Mais la principale frustration émane du scénario. On aimerait remonter aux origines de cette insidieuse infection qui a plongé l’humanité dans le chaos. Assister à la métamorphose des Hommes en ces êtres mutants et amorphes. Robert Neville s’est montré impuissant à enrayer l’épidémie.

Seulement Francis Lawrence nous met devant le fait accompli et reste évasif sur sa croisade et ses motivations. La question de la responsabilité des scientifiques dans ce désastre est également passée à la trappe. Lawrence ne traite que par un vague flash-back les prémices de la catastrophe. Alors que les défaillances humaines et la fragilité de l’individu face à l’essor scientifique sont les clés même de l’œuvre de Matheson.

La seconde moitié du film n’est qu’une compilation de scènes rapportées piochées a mi chemin entre "Blade", les films de zombie de George Romero et l’ineffable "Buffy". Un flop donc que les images bien léchées et les décors particulièrement soignés ne suffisent pas à sauver des oubliettes de la routine Hollywoodienne.

Et encore, le pire a été évité!

En 1997, Ridley Scott avait envisagé une adaptation du livre-culte de Richard Matheson avec dans le rôle titre… Arnold Schwarzenegger !

An afternoon with Steve Lacy





2003, un an avant sa mort, le jazzman Steve Lacy fait halte à Caen. Histoire d'enregistrer un projet insolite avec l’Orchestre de Basse-Normandie. Une séance d’autant plus émouvante que c’est l’une des dernières prestations françaises du grand saxophoniste « Free ».

Flash-back.


Steve Lacy, les tempes grisonnantes, un regard acier adouci par un sourire malicieux au coin des lèvres. Une impression de douceur mélancolique se dégage de ce petit homme blême.

Car Steve est blanc même s’il « sonne » comme un virtuose black. Ce New Yorkais dans l’âme n’est pas adepte des litanies. Il ne pipe mot, écoute simplement, sereinement, le chef d’orchestre Dominique Debart lui donner le la de la séance à venir. Quelques indications suffisent pour entamer la répétition.

Steve Lacy extirpe les anches de leur étui avec la délectation d’un gamin devant un jouet. Il est aux anges. Sa musique est faite pour défier les flèches du temps. On sent que Steve, lui, a vécu. Son visage aux contours burinés laisse entrevoir qu’il a traversé un siècle de jazz. Naturellement : Steve fait partie de son Histoire. Il a même contribué à écrire au moins un chapitre entier.

En vieillissant je trouve qu’il a conservé un faux air de l’acteur Lee Marvin. Renforcé par son accent « yankee » toujours aussi prononcé… malgré les nombreuses années qu’il a passées en France. Quelque chose en lui force le respect : Steve malgré sa taille frêle est un monument : brut, authentique. A l’image de ses compositions.

Nous sommes en 2003 quant a lieu cette session au Conservatoire de Caen. Le jazzman vient alors de sortir un disque unanimement salué par la critique : Work, avec Daniel Humair aux drums. Une pluie d’éloges qui n’étonne même plus : Steve Lacy a depuis longtemps atteint la catégorie des intouchables de la profession. Icône de la musique contemporaine, il a « soufflé » avec quasiment tout le monde.

De Gil Evans à Roswell Rudd en passant par Carla Bley et Jimmy Giuffre, Steve a écumé la scène free et avant-gardiste. Il en est aussi l’un des derniers Mohicans.

Quelque part dans les intonations volontairement déchirantes de son saxophone soprano plane l’ombre de Don Cherry et surtout celle de son mentor des débuts du Free : le pianiste Cecil Taylor. L’homme qui lui a fait découvrir Thelonious Monk et avec lequel il a fait avancer le genre.

Ce jour là, c’est avec l’orchestre de Basse-Normandie que Steve Lacy excelle. L’accompagnement est très écrit, millimétré, presque figé dans le moule de la précision. Plutôt insolite d’imaginer le chantre du Free jazz avec une section de cordes appliquée, toute en froide exécution instrumentale! Heureusement, Steve Lacy se détache très vite du tapis sonore formé par l’Orchestre. Dans une sorte de transe il délivre des notes distendues, torturées. Lui même est en proie à une folle agitation qui dément le calme dont il faisait preuve avant de monter sur la scène. On a l’impression que c’est un autre homme quand ses lèvres attaquent le tube de métal.

Alors que l’orchestre plaque mécaniquement les accords inscrits sur la partition le sax de Steve constitue l’agression. Il éructe des sons, des notes que les détracteurs du mouvement "free" qualifiaient de « fausses » dans les années 60.

Ce désordre apparent traduit en réalité une vraie science de l’improvisation et de la structure harmonique. Chef d’orchestre, poly-instrumentiste, compositeur, Steve est un connaisseur hors pair de la musique en général et du Jazz en particulier. Il a établi le chaînon manquant entre le Free et les racines fondamentales du Jazz : le style New-Orleans.

Au temps de sa folle jeunesse ses growls de clarinette lancinants répondaient aux feulements du trombone de Roswell Rudd.

Sur la scène du Conservatoire le magma sonore de Steve a juste cessé de bouillonner. Aussi soudainement que l’éruption a commencé. C’est l’heure de la pause.

Le maestro délaisse sa compagne de métal un court moment. J’en profite pour tendre, timidement, un disque vinyl pour une dédicace. Immédiatement, Steve, l’œil vif, pétillant, reconnaît la pochette du disque : « Scraps » s’exclame t’il. Amusé, il se souvient : "J’étais à Paris quand j’ai aperçu et acheté ces dessins d’enfants exposés dans le métro: Chez moi on appelle ça des « scraps » C’est avec ça que j’ai décidé d’illustrer l’album ».


Sur la cover figurent des photos du Steve Lacy des années 70 flanqué de ses complices de l’époque : le saxophoniste Steve Potts et la chanteuse-violoncelliste Irene Aebi.

Des photos qui reflètent à merveille les années parisiennes du roi du soprano. Paris, une ville qu’il adore, qui l’a inspiré, accueilli…

Mais à l’image de Dale Turner le musicien incarné par Dexter Gordon dans Autour de minuit de Bertrand Tavernier :

Now Steve feels like going back home. Après avoir connu un exil musical très long en France, il veut retrouver ces racines, le pays qui l’a vu naître. Le billet d’avion est prévu.

L’interview s’achève et déjà je pressens que c’est sans doute la dernière fois que je vois ce « monsieur » du Jazz. Je lui serre la main. Non sans une pointe d’émotion. Le temps de me lancer un petit geste d’adieu complice, son esprit est loin.

Des mois plus tard c’est par la presse que j’apprendrai la nouvelle: Steve Lacy s’est éteint … à Boston. Mais la flamme de son saxophone vif argent brûle encore…