mercredi 18 novembre 2009

Sa mission afghane







Ludovic Dolignon, agent technique de la Force Logistique terrestre a passé plus de six mois en Afghanistan. Une mission où il était en charge du carburant pour un camp entier. Retour sur son quotidien dans la région de Kaboul, à flanc de montagne...



Ludovic Dolignon, adjudant au Service Interarmées des Licences, la quarantaine entamée, marié, un enfant. S’est engagé dans l’armée en 1986. Il a le crâne luisant à la « Barthez » , possède son franc parler, va droit au but.

On sent qu’il est habitué à diriger une équipe de terrain. Modeste, il a au compteur un bon nombre de missions à l’extérieur : en Centrafrique, Somalie, Albanie, le Kosovo à deux reprises, le Tadjikistan...

Son dernier challenge en date : l’Afghanistan fin septembre 2006. Là bas, il a assuré le ravitaillement en essence du camp de Woodhouse. Une fonction « technique » indispensable, à mille lieues du cliché du soldat baroudeur, crapahutant dans les montagnes afghanes. Mais pas une mission où pour autant on peut se reposer sur ses lauriers. Loin s’en faut. Les contraintes sont constantes à Kaboul, un secteur « potentiellement dangereux ». Et l’essence est un enjeu militaire majeur. « On le bichonne » souligne l’adjudant Dolignon.

Avant d'expliquer en quoi consiste son job:

Concrètement, le camion civil appartenant à une multinationale Ecolog achemine le carburant sur un parking. On le réceptionne, le fait rentrer dans une aire sécurisée. Son contenu est vérifié. L’essence est analysée. Ensuite on le fait rentrer dans le camp. La dernière étape est le transfert du camion civil au camion militaire.


Au quotidien, les risques sont omniprésents: «Les véhicules sont constamment équipés de brouilleurs, les hommes de gilets pare-balles. Ce n’est pas tous les jours qu’ un camp reçoit des tirs de rocket mais il faut être très vigilant. »

Régulièrement l’adjudant entend des explosions. "Parfois des incidents se produisaient" se souvient Ludovic « Un avion a fait tomber par erreur des leurres thermiques dans le camp. Une fois, des tirs de rockets sont tombés juste en face du camp au niveau du terrain d’entraînement de l’armée nationale afghane. »

Les conditions météorologiques n’aident pas. Kaboul se situe à 1800 mètres d’altitude dans une zone encaissée de montagnes. « Il faut se rendre compte que de décembre à février ça pèle jusqu’à -35 degrés »

Pour éviter que l’essence se transforme en paraffine à cause du froid, l’adjudant Dolignon et son équipe procède à une « Winterisation ». C'est-à-dire l’injection d’une grande quantité de carburéacteur dans le gasoil, afin de descendre son point de congélation.

Un simple détail, une simple négligence humaine peut prendre de proportions considérables. « Avec les grands froids les détachements cynophiles ne devaient pas renifler les véhicules sous peine d’exposer leur odorat. » L’organisme est sollicité. Rhumes, bronchites et pneumonies sont monnaie courante. Mais Ludovic Dolignon est coriace. « Si j’avais un début de bronchite, j’allais voir les marabouts et en avant! »

Dans des conditions difficiles l’adjudant Dolignon se dit avant tout « concentré sur ce qu’il fait » Une bonne façon d’évacuer la tension.
« L’aspect relationnel est très important.  Si les soldats sont tendus c’est comme pour une équipe de foot ça a un impact sur l’ensemble du groupe. »

Les convois circulent de nuit où les risques d’incidents sont moins forts. Mais Ludovic Dolignon relativise : « En plein jour il nous est arrivé de faire des sorties à Kaboul. C’est comme les Champs-Elysées à l’heure de pointe. Tout peut arriver et on est impuissants face aux risques. »

Au camp, Ludovic retrouve les mêmes équipiers qu’il a connu dans d’autres missions, cohabite avec les soldats allemands, britanniques, croates de ce camp international. Il fraternise avec Ali un chauffeur afghan. «  Quelqu’un de très fier comme son peuple. Il a fait partie d’un bataillon commandé par Massoud, a lutté contre les russes. Ce sont des gens qui ont subit pas mal. J’ai senti la pauvreté aussi en passant aux abords de la banlieue de Kaboul. On apercevait des camps très sommaires de tente avec des bâches... »

Parfois l’émotion affleure dans le quotidien des soldats. Quand Ludovic Dolignon a quitté l’Afghanistan, son camarade afghan Ali s’est mis à pleurer. Ludovic Dolignon est rentré depuis février 2008. Dans son bureau trône une photo avec son camarade Ali et ses collègues de mission. « C’est encore tout frais dans ma mémoire. J’aimerai y retourner. »

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