Rétrospective:
Obsession ( 1976) de Brian de Palma, avec Geneviève Bujold, Cliff Robertson, John Lightgow
Ce film, très peu diffusé, correspond à la première partie de la carrière de Brian de Palma.
Brian est issu de la génération "seventies", de ces réalisateurs qui ont fait leurs premières armes grâce au petit écran.(cf: Spielberg et Duel)
Etudiants en cinéma et cinéphiles avertis, ces potes sont tous devenus par la suite les nouveaux maîtres d'Hollywood. Ils s'appellent... Scorsese, Coppola, Spielberg et Lucas, et font leurs premiers courts métrages avec des bouts de ficelles et beaucoup d'inventivité, au département cinéma de UCLA.
C'est à peu près à la même époque qu'un jeune homme, inconnu au bataillon, s'inscrit dans la section cinéma de UCLA. Son nom est... Jimi Morrison.
Les premiers films de De Palma sont la marque de cette culture cinéphile. Mis à part ces films fantastiques: Phantom of Paradise, Carrie et le bal du diable, toutes ces premières oeuvres sont des références au modèle ultime de Brian: Alfred Hitchcock.
Les clins d'oeil et les emprunts scénaristiques sont évidents et pleinement assumés entre Soeurs de sang (1973), inspiré de Psychose; Blow out ( 1981) qui renvoie à Fenêtre sur cour, Body double (1984) qui évoque immanquablement Sueurs froides...
Obsession n'échappe pas à la règle et s'inspire énormément de Sueurs froides.
L'histoire en est relativement proche:
Un riche homme d'affaires de la Nouvelle Orléans, Michael Courtland ( Cliff Robertson) assiste, impuissant à l'enlèvement de sa femme et de sa fille ( jouées simultanément par Geneviève Bujold).
La police lui conseille de tromper les ravisseurs en leur remettant une rançon dans une malette remplie de faux billets et... dotée d'un émetteur. Cernés par les policiers, les kidnappeurs s'enfuient avec leurs otages, mais quelques mètres plus loin leur voiture explose...
Inconsolable, Courtland fait ériger un mausolée dans l'immense terrain qu'il possède avec son associé Bob LaSalle ( John Lightgow).
Quelques années plus tard, Bob lui propose un voyage en Italie pour lui changer les idées. A Florence, dans l'Eglise où il a rencontré jadis sa défunte femme, il aperçoit une jeune peintre qui lui ressemble de façon troublante...
Pour connaître la suite de ce bel exercice de style, je vous invite à vous en procurer le DVD. Le film risque d'en déconcerter certains. Ceux qui connaissent le De Palma de Snake eyes ou de Mission impossible, risquent d'être très surpris. Une ambiance étrange, morbide transcende cette oeuvre où plane l'ombre de Bernard Herrmann, le compositeur fétiche d'Hitchcock, également auteur pour De Palma du névrotique score de Soeurs de sang.
C'est du Herrmann qui fout les jetons. Littéralement. Sa partition sonne comme un opéra déchirant et mystique. Les cordes sont stridentes, les choeurs sonnent presque comme des chant grégoriens. La musique confère à l'ensemble une dimension atemporelle. On fait un bon dans le temps entre 1959, année de l'enlèvement, et 1976, mais fondamentalement le personnage de Courtland est hors du temps. Il ne vit que pour poursuivre le fantôme de sa femme et n'a plus aucune prise avec la réalité.
D'ailleurs à la fin, les différences de perceptions entre passé et présent deviennent floues. Puisque les mêmes situations se télescopent. Michael Courtland retombe dans les mêmes pièges que jadis. Il s'enlise dans l'odieuse machination, rongé par le poids de la culpabilité. Hanté par ce leitmotiv: ne pas réussir à avoir sauvé sa femme. Jusqu'à la folie, jusqu'au point de non retour... Ce film instaure un climat profondément dérangeant, même pour le spectateur de 2009.
Au passage, il aborde des tabous déjà esquissés chez Hitchcock, de façon plus soft- censure oblige-: la nécrophilie voire même l'inceste.
On ne ressort pas indemne de ce film rare qui a servi de tremplin pour l'actrice canadienne Geneviève Bujold. Son double rôle est criant d'authenticité et de schizophrénie. Il suffit de la voir à genoux sur les quais de la Nouvelle-Orléans, martyr expiatoire dont l'enfance a été volée, prendre soudain une voix de petite fille en s'écriant: "Mummy"...
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